Critique : Le « Maestro » de Bradley Cooper, une explosion émotive plutôt qu’un simple biopic ! #mustsee

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Bradley Cooper, un réalisateur romantique

Bradley Cooper est un grand romantique. On pouvait déjà le deviner dans son premier film en tant que réalisateur, le fabuleux remake de A Star Is Born (2018), avec son élégante mise en scène à l’ancienne. C’est désormais confirmé par son second long-métrage, Maestro, un biopic inspiré du chef d’orchestre et compositeur Leonard Bernstein, ainsi que de son épouse, l’actrice Felicia Montealegre. Le film, dont la première a eu lieu à la Mostra de Venise, est un poème exaltant, triste et amer. Il est aussi un peu confus, comme toute passion digne de ce nom.

Un style léché et une romance passionnée

Bradley Cooper, qui incarne Leonard Bernstein, a opté pour un style encore plus léché que dans A star is born. La première moitié du film est en noir et blanc, dans un format carré ; Cooper y survole l’ascension du compositeur vers la célébrité, puis capture les moments où lui et Felicia Montealegre (Carey Mulligan) tombent amoureux. Ils se rencontrent lors d’une fête enfumée, et sont aussitôt charmés par leur intelligence et leur ouverture respectives. Ces deux artistes ont beau être issus de milieux aisés, ils ne vivent pas dans la rigidité pincée du milieu du siècle ; ce sont d’authentiques créateurs, et ils ne cherchent pas à le nier.

Un biopic pas comme les autres

Bradley Cooper, qui a co-écrit le scénario avec Josh Singer, zoome sur les années et enchaîne les scènes à un rythme effréné. Des enfants naissent, des carrières atteignent sommet après sommet. Maestro n’interrompt ses incessants mouvements que dans de brèves scènes destinées à définir la relation, et non à explorer tel ou tel événement historique. Le film n’a donc pas grand-chose d’un biopic classique. West Side Story n’y est mentionné que deux fois, et Candide, guère plus. On voit parfois le génie à l’œuvre sur son podium, dans de superbes scènes pleines d’emphase et de sueur. Mais ce n’est pas un film sur la carrière de Leonard Bernstein, et cela risque d’en décevoir certains. En revanche, les amateurs de mélodrame et de romance devraient apprécier.

Affiche du film Maestro

L’évocation de la vie de Bernstein à travers sa musique

La vie de Leonard Bernstein est surtout évoquée par le biais de sa musique. Ces moments-là sont merveilleux : l’interprétation de la Symphonie no 2 de Mahler dans la cathédrale d’Ely, le ballet Fancy Free et son anticipation des batailles de danse de West Side Story, le souffle et l’élan de l’opéra A Quiet Place. Bradley Cooper s’appuie sur ces scènes et les charge de sens. Pourquoi s’en priverait-il, sachant qu’elles témoignent de la production d’un prodige ? La longue séquence où un Bernstein gagné par la fureur dirige la symphonie de Mahler est particulièrement marquante, car elle dépeint un artiste d’un certain âge qui retrouve son inspiration, parallèlement à la renaissance de son mariage.

La relation de Leonard Bernstein et Felicia Montealegre était particulière. Il est de notoriété publique que Bernstein a eu de nombreuses liaisons avec des hommes, et le film ne se prive pas de le mentionner, particulièrement quand il atteint son apogée, soutenu par la riche photographie en couleurs de Matthew Libatique. Bradley Cooper utilise les relations homosexuelles de Bernstein comme des obstacles menaçant de mettre un terme à son mariage. À quel point était-ce le cas dans la réalité ? On ne le saura jamais, mais c’est l’angle choisi dans Maestro.

Photo du film Maestro

Le film manque d’exploration politique

Si le film aborde de front le sujet de l’homosexualité, il demeure étrangement silencieux quant à l’activisme politique de Bernstein et de Montealegre. La célèbre fête destinée à lever des fonds pour le Black Panther Party, organisée dans un appartement bourgeois en 1970, et qui a donné l’occasion à l’écrivain Tom Wolfe d’inventer le terme « radical chic », n’est même pas mentionnée. Idem pour les autres nobles causes que le couple a défendues. On a la désagréable impression que Bradley Cooper ne veut pas explorer cet aspect-là de la relation, de peur que cela n’enferme ses deux amants dans un carcan trop rigide.

Des performances d’acteurs captivantes

Les omissions de Maestro, ses va-et-vient permanents entre romance épique et portrait impressionniste, rendent parfois la narration un peu confuse. Certes, ces 129 minutes regorgent de musiques et d’images touchantes ; mais le caractère mercurien de Bernstein, son ego, sa générosité, sont davantage effleurés qu’explorés. Résultat, nous voici face à l’esquisse d’un mariage, et à celle, plus floue, d’un parcours artistique. On sent que Cooper, fan de longue date de Bernstein, a effectué de nombreuses recherches et qu’il ne parvient pas à se concentrer sur tel ou tel aspect. Notre homme est partagé entre l’envie de retracer une carrière et celle d’explorer une relation conjugale en clair-obscur, et cette ambivalence atténue l’impact du film.

Ce qui clarifie et rehausse Maestro, ce sont ses deux acteurs principaux. Bradley Cooper et Carey Mulligan s’expriment à un rythme effréné, ne lésinent pas sur les effets vocaux, se maquillent et fument à la chaîne. Les deux personnages sont dépeints avec subtilité, et le génie des deux performances doit être souligné. Certains trouveront tout cela excessif, trop maniéré, étudié ou théâtral ; d’autres s’enthousiasmeront pour ce numéro de haute voltige réalisé par deux acteurs aussi dévoués que captivants.

Si de nombreuses scènes de Maestro constituent d’indéniables réussites, ce n’est qu’en appréciant les jeux de Carey Mulligan et Bradley Cooper qu’on lui trouvera une cohérence d’ensemble. Leurs deux performances constituent la véritable réussite du film, qui parvient, par leur biais, à une convaincante approximation de ce que sont l’amour, la création et la transcendance.

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