La cuisine de Claire Marin : découvrez ses délicieuses recettes !

Faites la connaissance de Marion, notre globe-trotteuse émérite, spécialiste des voyages et des sorties chez Trendbook.fr !
Passionnée de découvertes (lieux, restaurants..), Marion vous emmène aux quatre coins du monde à travers ses récits captivants. De ses escapades dans les villes animées aux recoins les plus reculés, elle vous transporte dans un voyage culturel envoûtant.
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À table avec… Claire Marin

Vêtue de beige et d’ocre, elle se fond dans le décor. Claire Marin m’attend au Fauves, néo-­bistrot parisien prisé par les habitants du 14e arrondissement. « Un éditeur m’avait recommandé de venir ici, m’explique-t-elle avec enthousiasme. Je vais le découvrir avec vous. » Une précision envoyée avant notre rendez-vous : une cuisine « pas trop lourde et pas trop tradi » serait idéale. La journée est caniculaire, elle enchaîne les interviews. Un direct dans « Télématin » pour promouvoir Les Débuts, son livre sorti en avril, un entretien téléphonique et nous voilà attablées pour une rencontre qu’elle veut « détendue, pas trop pressée ». Quatre ans après son premier grand succès, Rupture(s), elle est rodée à l’exercice, même si elle reconnaît devoir encore s’adapter à la temporalité des interviews. « J’ai choisi l’outil de l’écriture pour chercher le mot juste, trouver le rythme de mes phrases », commente-t-elle en jetant un rapide coup d’œil à la carte. Une salade fera l’affaire. Si elle n’est pas, de ses propres mots, « un être de l’oralité », dès que la conversation aborde l’intime, on ne l’arrête plus.

Coach de vie malgré elle

D’où vient cette envie d’ouvrir la philo à tous ? Poser la question revient, en toile de fond, à lui demander pourquoi elle a choisi la voie de l’enseignement. Normalienne, elle partage son temps entre deux classes prépa « d’élite », dans les 16e et 17e arrondissements. Elle adore l’ambiance de ce cocon intellectuel, même si elle en garde le souvenir d’une froideur magistrale. « J’apporte autant d’humanité que possible à mes cours, m’explique-t-elle entre deux fourchettes de chou chinois. Le lien avec mes élèves se tisse aussi pendant les pauses et les heures de khôlles. »

Son poste lui permet de prendre le pouls de la jeunesse d’aujourd’hui, elle qui a grandi dans le silence de ses parents, près de Nantes. « Enfants, ils n’avaient pas leur mot à dire, raconte-t-elle avec pudeur. Ils sont devenus des adultes assez taiseux. Le langage de mon père est avant tout informatique et mathématique. » À la mort de son grand-père maternel, un agriculteur, Claire Marin découvre des centaines de livres cachés au sous-sol. Tous parlent du rapport à la terre, au vivant, à la spiritualité. « Il s’est formé à la philosophie sans que nous n’en sachions rien. » Un bruit de vaisselle à sa droite la fait sursauter. Émue, elle reprend : « Moi, je suis venue à la philo par le biais des textes d’anticipation et de science-­fiction qui ont bercé mon enfance, solitaire et introvertie. »

Elle a 25 ans lorsqu’on lui diagnostique une maladie auto-immune. « J’ai eu l’impression qu’on me volait quelque chose de ma jeunesse, se souvient-elle. Je voulais connaître l’expérience d’un corps en bonne santé, sans douter de sa fiabilité ni devoir vérifier dans quel périmètre est l’hôpital le plus proche. » Elle rêve d’une vie où elle pourrait improviser une virée canyoning, s’autoriser des coups de tête.

Presque vingt-cinq ans plus tard, elle est devenue, malgré elle, la coach de vie de milliers de lectrices conquises par sa franchise et son écriture. Elle exècre pourtant l’injonction à la positivité : « Je me suis déjà retrouvée classée dans le rayon des “livres qui font du bien”, ironise-t-elle entre deux bouchées de saumon. J’ai longtemps souffert de l’impératif d’être une guerrière résiliente. » Consciente de sa vulnérabilité, elle s’émerveille aujourd’hui de la vitalité de sa fille Mia, 12 ans, à qui elle dédie son livre : « C’est une très bonne gymnaste, je ne peux que l’admirer, la filmer comme une mère béate. » Claire Marin a vite compris, à sa naissance, à quel point les inégalités de genre allaient polluer son quotidien de femme active. « La mauvaise répartition des tâches domestiques produisait des empêchements, des concessions et même des renoncements professionnels que son père ne subissait pas », assène-t-elle, avec une touche d’amertume indécelable jusqu’ici.

Rupture, renoncement : l’autrice puiserait-elle son inspiration dans ce qui la révolte ? Regard amusé : « Je n’y avais pas pensé en ces termes, confie-t-elle. Peut-être est-ce un défaut de prof de vouloir rectifier le trait. Je n’aime pas déformer ou embellir par déni. »

L’allergie du Nobel

Sur les plateaux de télévision, elle est enfin invitée parmi des penseuses dont elle dévore les textes avec fidélité depuis des années – « Un rêve de gamine » – sans être considérée comme une « caution féminine ». Ce fut notamment le cas en octobre 2022, à l’occasion de l’émission « La grande librairie » dédiée au prix Nobel Annie Ernaux. La lauréate est fréquemment citée dans les ouvrages de Claire Marin. La professeure évite toutefois l’écueil de la comparaison : « Son œuvre tient du combat politique, raison pour laquelle les représentants d’une autre époque l’attaquent avec violence. J’ai conscience d’être privilégiée », souligne-t-elle. Elle se souvient avoir insisté pour organiser une rencontre avec Annie Ernaux lorsqu’elle enseignait à Cergy. « Je lui avais offert un énorme bouquet de lys, se souvient-elle. J’ai su en la retrouvant sur le plateau qu’elle y était allergique. »

Une gorgée d’eau, un coup d’œil sur son téléphone : elle doit filer dans trente minutes. Le temps de demander la carte des desserts et de commander un café. Elle se défend de devenir cette « autrice attablée tous les matins pour écrire », pur cliché germanopratin, mais en vraie Parisienne, elle aime fréquenter la Maison de la poésie, le musée Pompidou, le théâtre du Châtelet. Elle possède un flair très sûr pour dénicher les pépites de la jeune création comme le comédien Yuming Hey (l’interprète de Billie dans la série Osmosis).

Claire Marin a fini sa généreuse tarte au citron à la meringue. Que peut-on encore lui souhaiter ? Long silence. Elle déplore « la dégradation des conditions d’enseignement », songe à quitter le professorat pour se consacrer à ses livres. Le prochain parlera du corps. Il sera question d’esthétique, de mode aussi. Elle rêve d’un ailleurs, d’apprendre une autre langue. De « quelque chose d’imprévu, à la Jankélévitch ». La plus belle des renaissances.

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