Leïla Bekhti : les enfants, des partenaires de jeu géniaux dans “La Nouvelle femme” ! 🎉👶

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Un rôle qui sublime Leïla Bekhti

Dans La Nouvelle femme, Leïla Bekhti brille par sa grâce distanciée. Elle incarne Lili d’Alengy, une courtisane parisienne qui se pavane de mondanités en mondanités pour échapper à une réalité honteuse : elle refuse d’assumer l’éducation de sa fille Tina (Rafaëlle Sonneville-Caby), en situation de handicap. Contrainte de s’occuper d’elle du jour au lendemain, elle part en Italie pour la confier aux bons soins de Maria Montessori (Jasmine Trinca). La professeure y développe une approche éducative consacrée à ceux que l’on qualifie encore d’« idiots », dont les bienfaits font leurs preuves. Elle accepte de s’occuper de la petite Tina, sous les yeux méprisants de sa mère. Pour Leïla Bekhti, le défi était de taille : « Lili est tellement loin de moi, souligne l’actrice. La composition est totale. »

On la connaît pour ses films collectifs, sa bande de copains du cinéma – Géraldine Nakache, Adèle Exarchopoulos, Jonathan Cohen – et l’amour qu’elle porte à sa famille, formée avec l’acteur Tahar Rahim et leurs quatre enfants. « Faire famille, c’est ce qui compte le plus pour moi. Si j’ouvre une porte, je ne veux pas entrer seule. J’embarque tout le monde. » Ses yeux pétillent quand elle évoque la joie des projets communs, les rencontres entre amis… Mais, cette fois, il a fallu jouer l’égocentrisme et le rejet. La clé ? Être, hors-champ, tout l’inverse de qui elle est face caméra. « Pour y arriver, je devais éviter de regarder Tina dans les yeux autant que possible. Alors, avant le “action”, je discutais beaucoup avec Rafaëlle. Je voulais qu’elle distingue Lili de Leïla. »

Le respect des jeunes acteurs avant tout

Avant les prises, Leïla Bekhti prend le temps d’échanger avec la jeune Rafaëlle Sonneville-Caby et ses parents, pour lesquels elle confie avoir eu un « coup de coeur ». Elle l’accueille chez elle comme à la maison. « Les enfants sont des partenaires de jeu géniaux, s’enthousiasme l’actrice. Il faut prendre soin d’eux, de leurs envies, de leurs limites. Jamais je ne brusquerai un enfant au nom du cinéma. » Pour jouer les élèves de Maria Montessori, la réalisatrice Léa Todorov a choisi des enfants neuroatypiques. La plupart de leurs scènes sont muettes; leur expressivité passe par les regards et les gestes parfois chorégraphiés. Sur le plateau, ils étaient accompagnés par leurs parents, leurs grands-parents. Leïla Bekhti garde le souvenir d’un tournage très joyeux, porté par un « respect magnifique » en coulisses. Le mot d’ordre ? N’être « gêné de rien » et rester à l’écoute : « L’enfance est trop précieuse pour qu’on la bouscule, sur les plateaux et en dehors, tranche-t-elle. Si un enfant n’a pas envie, il n’a pas envie. On patiente ou on abandonne, il n’y a pas de débat. »

Une scène sublime qui reflète la méthode Montessori

Dans une scène sublime, brute et poétique à la fois, Lili joue du piano au pensionnat de Maria Montessori. Miracle de la musique. Les enfants s’animent, occupent l’espace, expriment leur individualité en bougeant au rythme des notes. « Cette scène a été tournée en un après-midi. J’étais très touchée de voir leurs corps répondre à la musique sans lui résister. Leurs gestes donnaient le ton. » Cette scène reflète l’essence de ce qu’on appelle aujourd’hui la « méthode Montessori » : l’apprentissage par la sollicitation des sens, le collectif avant le compétitif. Avant de se plonger dans le scénario, Leïla Bekhti regardait la méthode de loin. « J’ai mis du temps à comprendre qu’il y a plusieurs méthodes et qu’il est bon de piocher par-ci par-là, pour construire une certaine pédagogie. »

Un rôle à l’image de la société

Le film de Léa Todorov lui a aussi permis de découvrir une figure historique dont on ne connait, aujourd’hui, que le nom. La Nouvelle femme dresse le portrait d’une brillante médecin tiraillée entre sa vie de famille -un fils né hors mariage, hors des conventions- et ses ambitions professionnelles dans une Italie de l’an 1900, quand salaire et mérite revenaient uniquement aux hommes. Léa Todorov a écrit le personnage de Lili, fictif, comme une porte d’entrée pour mieux découvrir la vraie Maria, avant Montessori. La courtisane est « le reflet de la société », selon son interprète. Elle rejette sa fille parce qu’elle ne correspond pas aux normes validistes, dénigre les élèves de Maria Montessori, soigne les apparences pour faire bonne figure. La discrimination faite femme. Heureusement, le film ne tombe pas dans le piège du manichéisme.

Une relation de sororité inattendue

La carapace antipathique de Lili craquèle au contact des enfants et en particulier de sa fille, qu’elle apprend à aimer sept ans après l’avoir mise au monde. « On lui amène son enfant comme un paquet, elle l’enferme dans une pièce, la met à l’écart, analyse Leïla Bekhti. Elle finit par rencontrer sa propre fille sur le tard. » Alors, même si les points d’accroche avec son personnage furent difficiles à trouver, elle reconnaît que « la rencontre entre un parent et un enfant dure toute la vie » : « La maternité est une aventure vertigineuse, animale. Tu peux suivre tous les conseils du monde, rien ne se passera comme prévu. » Si la vanité de Lili lui donne l’allure d’une femme libre, son refus d’explorer la parentalité avec Tina trahit ses démons. Libre de ses mouvements, de ses désirs, forte de son indépendance, elle ne vit pourtant que par le regard des autres. « J’adore explorer la maternité d’un film à l’autre. La famille, c’est un puits sans fond pour faire des films et raconter l’humanité sous mille facettes. »

Un costume sur mesure

Devant la caméra de Léa Todorov, Jasmine Trinca et Leïla Bekhti tissent une relation de sororité, touchante et inattendue. Grâce à cet arc narratif, la réalisatrice renverse habilement le stéréotype de la « femme puissante » : l’une cache ses tourments derrière les faux-semblants, l’autre derrière son érudition. Toutes deux sont bridées par les conventions sociales d’une société au sexisme intégré… Il y a de cela plus d’un siècle. « On parle d’une époque pendant laquelle les femmes n’avaient pas le droit de porter des pantalons, c’est hallucinant », appuie Leïla Bekhti.

Leïla Bekhti dans La Nouvelle femme de La Todorov.

L’apparat fait partie des composantes essentielles de son personnage. Lili prend soin de sa peau, soigne ses habits, accumule les bijoux, les coiffes et autres accessoires. À travers ses tenues, on découvre Leïla Bekhti dans un registre historique inédit. « Ça m’est rarement arrivé d’être aussi pomponnée et pour tout vous dire, j’ai adoré ça. J’étais très émue de porter un corset fait sur mesure, des robes confectionnées en tissus d’époque. » On la croit volontiers quand elle explique avoir réussi à rentrer dans la peau de son personnage grâce aux costumes : à chaque plan, ces tenues et mises en beauté d’un autre temps lui confèrent une beauté impérieuse. Au détour d’une confidence, elle avoue avoir très envie de renouveler l’expérience. On rêve de la voir en reine de France.

  • La Nouvelle femme, de Léa Todorov, aujourd’hui au cinéma.

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